Un outil pour construire la paix

De Escola Finaly


Un outil pour construire la paix

Agustí Chalaux i de Subirà

Collection : Bullae 1 - 3ème édition : Barcelone, 24 avril 1997

Licence : Creative Commons Paternité-Partage des Conditions Initiales à l'Identique 3.0

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1. Introduction
2. La monnaie et la télématique, deux instruments au service de qui?
3. La monnaie : unité abstraite de mesure
4. La monnaie : marchandise concrète avec valeur intrinsèque
5. Possibilités de la facture-chèque télématique
6. Enchainement entre monnaie anonyme et impérialisme belliciste


1. Introduction

Les nobles idéaux de paix, liberté et justice pour s’incarner dans le monde doivent trouver des structures culturelles, économiques, sociales et politiques appropriées.

À partir de la non-violence intelligente et active, la lutte pour atteindre ces idéaux ne peut pas être basée uniquement sur la dénonciation des injustices, de l'oppression et de la guerre. La non-coopération et la désobéissance civile doivent nous porter à un programme constructif, à une alternative concrète.

Une lutte exclusivement « anti- » quelque chose, sans un cadre global alternatif de référence, devient trop souvent stérile. Il n'est pas évident que la seule confluence de plusieurs groupes menant des luttes ponctuelles (pacifistes, écologistes, féministes, anti-militaristes, naturistes,...) apporte la configuration concrète d'un mouvement alternatif, capable de créer un nouveau modèle global de société.

L'annonce de nouveaux types de valeurs, de pensées, de rapports humains,... ne semble pas non plus suffisant pour construire une nouvelle civilisation. Le changement culturel et de mentalité est certes fort important, mais sans des structures qui les favorisent, tous les changements seront l'apanage de minorités réduites, souvent sans aucun lien avec le niveau de la conscience collective.

Dans la polémique entre idéaux et structures on peut utiliser la suivante comparaison : les idéaux sont l'énergie et les structures sont le moteur. Il faut que les idéaux meuvent les structures. Mais il est évident qu'il faut des structures qui n’ébranlent point les idéaux, mais qui, bien au contraire, soient une aide pour les réaliser dans l'immédiat de chaque jour.

Dans la recherche de ces structures, il nous faut analyser les phénomènes qui les conforment. Nous pouvons nous rapprocher de cette analyse par « la méthode scientifique expérimentale », en mesurant les phénomènes et en faisant l’expérience.

L'application de cette « méthode » —aux seuls phénomènes que non pas aux idées— a donné de grands résultats en physique, chimie, biologie, électronique... Ces résultats sont employés idéologiquement et affectivologiquement en faveur de la paix ou contre la paix, en faveur de liberté et de la justice, selon les intérêts subjectifs des groupes qui contrôlent le processus scientifique et surtout le processus d'application technique. Ce processus pseudoscientifique, essentiellement subjectif, est à tel point manipulé que nous sommes tentés d'identifier cette « science-technique » avec la pollution, les armements, le contrôle policier, l’oppression...

Malgré ces aspects idéologiques et affectivologiques négatifs et menaçants, nous ne pouvons nier que l'application aux phénomènes de la « méthode scientifique pro-expérimentale » permet d'objectiver la réalité, de la soustraire aux idéologies, et de résoudre les polémiques pseudo-philosophiques qui la déforment et sont employées aussi comme instruments du pouvoir.

Quand un phénomène peut être observé, analysé, mesuré avec précision et expérimenté, aucun homme de science, digne de ce nom, ne continuera à vouloir le traiter selon des idées préconçues, des points de vue idéalistes, ou uniquement selon des approximations statistiques. Ce comportement typique des sciences physiques et biophysiques est souvent laissé de côté quand on doit résoudre les phénomènes économiques, sociaux et politiques. On envisage l’organisation humaine comme l’on envisageait l’organisation astronomique avant Copernic : « La Terre est le centre de l’univers », par définition !

Ce n'est donc pas assez d'affirmer nos idéaux. Souvent ils sont « dénommés » utopiques, sans analyser les causes pour lesquelles ils peuvent l’être, c'est-à-dire : ce n'est pas assez d'affirmer la paix, la justice, la liberté, la société sans classes, l'anarchie, la solidarité, la suppression de l'État, des structures militaristes, policières et administratives, de l'argent sale et du marché noir, du machisme, de la pollution... Il faut, à côté de ces idéaux, étudier comment s'est tissé l'embrouillamini actuel tout au long de l'évolution humaine et rechercher les causes les plus importantes de cet imbroglio, pour éviter qu’il se reproduise. Il nous faut trouver les moyens faciles et pratiques de défaire les noeuds, un à un, et ainsi arriver à les montrer de façon transparente, et quand le temps sera arrivé pouvoir vivre et agir normalement.

Il n'est donc pas suffisant de vouloir la révolution : encore faut-il savoir comme avancer du point où on en est, comment peser sur les structures, comment obtenir les instruments concrets pour résoudre chaque problème. La prise du pouvoir, sans les mécanismes autodestructeurs du pouvoir, le perpétue. Les révolutions violentes restent, tôt ou tard, attrapées dans leurs crimes et les conséquences qui en dérivent. Les positions simplistes de classe, idéologiques et affectivologiques, nous forcent à une vision manichéenne et fictive de la réalité, qui nous mène souvent à enterrer beaucoup de savoir et de richesse accumulés par l'humanité au long des siècles.

Une révolution non-violente, intelligente et active, est aujourd'hui possible, mais elle doit être ouverte, non-sectaire, apte à créer de nouvelles règles instrumentales de jeu, sans besoin d’avoir recours à feu et à sang pour s’imposer. Pour entreprendre le chemin qui posera fin à la misère et au pouvoir illégitime sur et contre les personnes, il faudra offrir aux peuples des procédés pratiques aux résultats rapides de solidarité et de autopacification, qui entraîneront un optimisme prudent et une élévation de l’esprit.

C'est dans cette intention que, très brièvement, nous exposerons quelques-unes des solutions pratiques, à notre point de vue fondamentales, pour avancer vers la paix, en liberté et justice.


2. La monnaie et la télématique, deux instruments au service de qui?

De tous les phénomènes humains, ceux qui sont en rapport direct avec la production et la distribution des biens utiles à la vie déterminent, en grande partie, les relations sociales. La recherche d'un maximum de clarté dans le marché et la société, et de la responsabilité réelle de chaque agent commercial et social est un des objectifs essentiels de n’importe quelle proposition économique, sociale et politique.

Dans notre société, où « les lois sont faites pour être violées », et où « qui a l'information a le pouvoir », le matérialisme historique nous montre, non seulement qu’il faut chercher des instruments concrets qui permettront cette clarté documentaire et responsabilité personnelle dans le marché et dans la société, sans lesquelles tout changement est voué à l’échec le plus complet : le pouvoir sur et contre les personnes se perpétue, et la misère à cause de l’argent anonyme, impersonnel et irresponsabilisant, multicirculant, et, par conséquent, anticomptable et antistatistique, et, en fin de compte, antiscientifique ; bref, radicalement désinformatif.

Il y a deux instrument spécialement importants pour atteindre le but décrit en haut : la monnaie et la télématique (té-lé-in-for-matique, c'est-à-dire informatique à distance, avec plusieurs réseaux spécialisés, progressivement plus et mieux reliés entre eux, avec une globalistique et cybernétique potentielles qui sont sur le point d’être bien définies et qui sont indéfiniment perfectibles). Bref : la télématique.

La monnaie est un instrument inventé il y a plus de 10.000 ans pour favoriser d’une façon absolument transparente les libres échanges de biens utilitaires entre les personnes ; depuis seulement 4.500 ans elle est employée pour maintenir indéfiniment l’obscurité informative du marché et de la société ; elle permet l’anonymat, la irresponsabilité et la corruption, et est la base du pouvoir occulte et illégitime de l’état sur et contre les personnes, dénommé « plutarchie ». La monnaie, dans les derniers siècles, n’a pas été considérée comme un instrument décisif pour un éclaircissement et une responsabilisation de la société. C’est à présent, au moyen d’un instrument inerte comme la télématique, qu’elle atteindra sa vraie dimension.

La télématique est en train de se constituer comme un instrument de pouvoir et d'oppression sur et contre les personnes, grâce à un monopole du savoir concentré dans les « banques de données ». Les possibilités de l’ « informatique interconnectée » sont énormes, soit en ce qui concerne la liberté comme l’oppression. Une simple opposition « anti-informatique » n'en arrêtera pas l’expansion et n’empêchera pas en fait le monopole de l’information dans les mains des pouvoirs établis et contre le peuple.

En tant qu'instruments inertes, la monnaie et la télématique peuvent être radicalement détournés de leurs fonctions actuelles, au service des pouvoirs occultes, et devenir des instruments très efficients au service des peuples :


1. Substitution de « l'actuelle monnaie anonyme » par la « facture-chèque télématique ».

La monnaie anonyme permet le jeu sale des groupes de corruption, de pouvoir, de pression, de répression... ; elle permet les actions illégales et la désinformation, avec tous les effets antisociaux que ceci comporte.
La « facture-chèque », est un document unique, écrit à la main ou électroniquement, qui informe exhaustivement sur chaque acte marchand-monétaire élémentaire, personnalisant et responsabilisant les agents de chaque « achat-vente ».
La « facture-cheque télématique », en tant que facture, enregistre les précises marchandises concrètes échangées, avec tous leurs données de quantité et qualité, ainsi que leur valeur monétaire et le total facturé. En tant que chèque, elle donne l'ordre de transfert entre comptes courants.


2. Socialisation de toutes les données télématiques monétaires du marché à l’exclusion des références personnelles.

La « facture-chèque télématique » permet une intra-comptabilité totale. La socialisation de toutes les données télématiques du marché, au service et à la portée de tout le monde, permettra un traitement exhaustif analytique-statistique qui permettra une stratégie économique lucide, et un traitement de « science expérimentale » des phénomènes économiques.


3. Protection du caractère privé (individuel, familial, d'entreprise, institutionnel) de certaines informations personnelles par une Justice vraiment indépendante de l’État, qui sera la seule responsable des archives télématiques personnalisés.

Le « ministère » de la Justice est un ministère en trop, au moyen duquel des « pressions » sont exercées contre les Juges et les Magistrats qui veulent être fidèles à leur vocation d’indépendance ; par conséquent, la « bureaucratie1 étatiste » utilise les renseignements télématiques pour la répression fiscale et policiale du peuple, qui ne peut pas se défendre.
Par contre, une Justice réellement et économiquement indépendante de l'État, ne pourrait être corrompue par l'argent anonyme et émettrait des sentences bien documentées et motivées : ainsi deviendrait-elle un facteur de confiance pour tous et de pacification des conflits.
Comme exemple, nous exposons à la suite quelques-uns des éléments importants de l’études réalisées et des propositions qui en découlent :


3. La monnaie : unité abstraite de mesure

Dans les sociétés où, à cause de leur complexité et de son genre de relations de production, il y a un échange de bien utilitaires, apparait le marché : un lieu pour l’échange de marchandises.

À mesure que le marché croît, il devient nécessaire équilibrer équilibrer les échanges de marchandises : il apparait alors la monnaie primitive, comme unité abstraite de mesure qui, ayant été assignée librement, entre deux personnes libres contractantes (acheteur et vendeur) à chaque marchandise élémentaire, donne dans le marché les prix, les salaires et l’argent. (Les dernières recherches sur l’origine de l’écriture en Asie Sud-Occidentale montrent de façon documentée, à partir de l’an 8.500 avant notre ère, l’existence d’instruments monétaires sans valeur intrinsèque, qui servaient pour mesurer la valeur des échanges, spécifier les marchandises, et progressivement identifier les agents du marché. (Consultez Denise Schmandt-Besserat [2] « Les plus anciens précurseurs de l'écriture », dans « Pour la Science » Août 1978. No. 10, p. 12-22, et Jöran Friberg « Numbers and Measures in the Earliest Written Records » (« Les nombres et les mesures dans les premiers documents écrits »), « Scientific American », February 1984. Volume 250. Number 2, Pages 110-118).

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Bulla

Les bullae étaient dans les millénaires Ve-IVe av. J.-C, ce que l'on appelle aujourd'hui des « facture-chèque » (bulletin de livraison conforme, facture acceptée et chèque envoyé par le client) ; il s'agissait de sacs d'argile, plus ou moins sphériques, pleines de différentes figures de terre glaise comme monnaie représentative, et scellées à l'extérieur comme symbole des transactions commerciales, dans un contexte de système de comptabilité complexe, et que nous pouvons considérer comme l'ancètre des fameuses tablettes cunéiformes, et par conséquent, de l'écriture. Selon toutes les encyclopédies, le Temple rouge d'Uruk, le banc sumérien (archéologique) le plus ancien que nous connaissons jusqu'à présent, contient des archives bancaires complets sur plus de 200 ans (3.400 à 3.200 av. J.-C.).


4. La monnaie : marchandise concrète avec valeur intrinsèque

Il y a 4.500 ans la monnaie devint une marchandise concrète, avec valeur intrinsèque – en or, argent, cuivre,...— perdant ainsi son caractère d’unité de mesure totalement abstraite, documentairement personnalisatrice et responsabilisante. Devenue une « tierce marchandise concrète » la monnaie métallique s’est montrée insuffisante pour faire front à un marché toujours en expansion, et a influé négativement sur les possibilités productives et sur la capacité de consommation et d’investissement ; à cause de son anonymité consubstantielle, elle a permis le jeu sale, la corruption, l’escroquerie, la fausseté, le pouvoir occulte... ce qui est documenté tout au long de l’histoire quotidienne des 4500 dernières années.

Les besoins de financement de la guerre de 1914 ont obligé à séparer la monnaie de l'or et de l'argent. Les billets de banque furent déclarés de cours forcé et devinrent inconvertibles. La monnaie perd alors sa valeur intrinsèque, et tout le long du siècle elle se dématérialise progressivement. La crise de confiance produite par cette nouvelle forme inflationniste de l’argent porte à la dépression de 1929 : pour s'en sortir les grandes puissances se lancèrent à une militarisation et un armement forcenés... qui portera à la seconde guerre mondiale.

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Richard M. Nixon

En août 1971, Nixon prend la décision unilatérale de séparer le dollar de l’étalon-or (gold exchange standard). La crise économique provoquée se précipite à partir de 1973 : semblables causes inflationnistes causent les mêmes effets.

De plus en plus la monnaie devient papier bancaire scriptural (de simples passations d'écritures entre comptes courants, faites derrièrement par des simples mouvements électroniques). Mais malgré avoir perdu toute la valeur intrinsèque, elle continue à permettre en grande partie l’anonymat et la désinformation, la dépersonnalisation et l’irresponsabilisation de tous les agents du marché et de la société.

L’irrationalité des actuels systèmes monétaires ne rend pas possible la captation de toutes les spécificités et les paramètres qui définissent chaque échange élémentaire de marchandises concrètes, par rapport à des unités monétaires radicalement abstraites. Par conséquent elle ne permet pas de savoir exactement (ex-actis) ce qui se passe dans la macroéconomie réelle. Ce manque de captation exacte de chaque phénomène élémentaire empêche d’appliquer aucune théorie économique avec la rigueur de la science expérimentale. Les approximations statistiques, basées sur des données partielles, deviennent des sommes d’erreurs accumulés. Les méthodes approximatives sont bannies dans toutes les sciences si la captation exacte et exhaustive de chaque phénomène élémentaire est possible technologiquement.


5. Possibilités de la facture-chèque télématique

La rationalisation de la monnaie et de l’argent implique la disparition légale de tous les billets de banque, pièces de monnaie, chèques, traites... actuels, tous au porteur, anonymes, multicirculants, et par conséquent desinformatifs, dépersonnalisés et irresponsabilisants ; et permet sa substitution légale exclusive par ce que nous avons appelé auparavant « facture-chèque télématique » : celle-ci, bien au contraire radicalement unicirculante, personnalisée, responsabilisante et informative.

La « facture-chèque télématique » permet une législation facile qui garantisse le paiement dans tous les cas d'insolvabilité, ainsi que le recouvrement automatique d'un unique impôt de solidarité sociale, beaucoup plus rentable que les actuels très couteux et compliqués systèmes fiscaux.

Nous insistons : la personnalisation que comporte la « facture-chèque télématique » comme monnaie légale unique cause une responsabilisation personnelle documentée des actes libres dans le marché et dans la société. On peut alors établir les mécanismes légaux nécessaires pour que l’argent mercantile2 ne puisse se transformer en pouvoir anti-politique; pour que le savoir libérale ne puisse se transformer en pouvoir anti-social; pour que les structures de commandement ne puissent se transformer en pouvoir sur et contre les personnes individuelles, sociales ou nationales.

L'information complète de l’économie et la simplification fiscale résultante, permettent de supprimer rapidement, par un salaire gratuit minimal de solidarité sociale, la misère provoquée par la manque d'argent d’utilisation, ceci comme un premier pas pour l'éradication des classes pour cause d'argent et les misères culturelles qui en dérivent.

La « facture-chèque télématique » comme monnaie légale unique permet une intra-comptabilité globale exacte de la société, puisque l'information sur chaque échange élémentaire du marché est introduite dans un réseau télématique. On peut éviter ainsi à la fois le « chaos capitaliste actuel » et l’imbécile « planification » centraliste, car l’information sur l’argent sera socialisée, c'est-à-dire qu’elle sera à la portée compréhensible et gratuite de chaque citoyen. (« Socialisation » est donc la situation contraire à « étatisme » ou monopole desinformatif par l’État, malheureusement encore régnant).

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Karl Marx

Il semble évident qu'avec l'information que permet «la facture-chèque télématique» on pourra remplir facilement avec des données exactes les « tables de Leontiev », l'instrument le plus précis pour une pratique et efficace stratégie du marché et de la société3. De même, toutes les hypothèses du « bien commun mercantile » de Platon pourront être formulées avec précision et expérimentées ; « de la plus-value de marché (privée de chaque entreprise et communale du marché global) », étudiée par Karl Marx; « du facteur résiduel », des économistes contemporains. Leur éventuelle confirmation expérimentale continue, permettra repartir et distribuer equitativement « le bien commun » au service du peuple tout entier sous forme de salaires gratuits de solidarité sociale pour la consommation et de crédits ommunautaires pour les investissements reproducteurs.

Ce changement instrumental de la monnaie et de l’argent est aujourd'hui techniquement possible. Vis-à-vis de la population, son implantation n'est pas plus difficile que celle du « système métrique décimal ». Le fait que cette réforme n'ait pas été posée jusqu'à ici ne dépend pas seulement de ce que aujourd’hui – et seulement aujourd’hui — elle soit technologiquement possible, mais surtout des bénéfices illicites que la situation a produit jusqu’à présent et continue à produire pour les banquiers et autres personnes, individuelles et collectives, qui, depuis plus de 4.500 ans de marché avec la monnaie anonyme, connaissent et exercent « la création et détournement privé, illégitime de fonds communaux ».

La dynamique technologique est, avec la télématique, en train de convertir la monnaie bancaire en un document de compte abstrait. Mais, tant qu'on ne supprime pas l’anonymat de ce document monétaire, le sale jeu est assuré. De plus, l'information que permet la télématique est employée pour le contrôle fiscal et policier des citoyens, et elle reste l'exclusif apanage des centres bureaucratiques4 du pouvoir étatiste, et des centres ploutocratiques du pouvoir occulte de l'argent anonyme.

Qui, de nos jours, détient l'information, détient le pouvoir. Il faut donc établir de nouvelles « règles de jeu », pour que le peuple tout entier puisse avoir accès gratuit à toute l'information macro-économique de toute la société (marché et libéré). Il faut transformer l'utilisation de la télématique pour éviter la pire tyrannie de l'histoire : « l'étatisme télématique ».

Arrêter la révolution télématique, globalistique et cybernétique est presque impossible. Il nous est, par contre, possible de créer un modèle alternatif où l'information de tous les phénomènes monétaires élémentaires soit au service de tous les membres de la communauté géopolitique. Il faut que le réseau télématique et ses renseignements sur les personnes ne dépendent pas d’un étatisme anonyme, « bureaucratique5 », personnalisé et irresponsable, mais plutôt d’un Empire ou Communauté vraiment géopolitique. Le nouveau État Impérial révolutionnaire, gérant personnalisé et responsable de chaque communauté géopolitique, pourra connaître uniquement, comme n’importe quel citoyen, l’information économique vis-à-vis du « gouvernement ou cybernétique des choses », mais il n’aura aucun contrôle sur l’information personnelle des agents sociaux de marché et libéré, que restera un « secret professionnel » exclusivement aux mains d’une Justice réellement indépendante de l’État.


6. Enchainement entre monnaie anonyme et impérialisme belliciste

Sans « les pieds d’argile » de la monnaie anonyme on pourra étudier et résoudre effectivement, un par un, tous les conflits intérieurs : le chômage, l’inflation, l’insécurité urbaine, le centralisme, la pollution, l’inculture, la désinformation, les services publiques...

Seule une libre confédération intérieure de toutes les ethnies d’un Empire historique ou naissant6 peut parvenir à leur pacification dans la communauté géopolitique fédérée. Seulement en supprimant, en pleine liberté, la misère peuvent les conflits sociaux être pacifiés. Seulement à partir d’un équilibre du commerce extérieur entre les communautés impériales, sans impérialismes ni asservissements colonialistes, peut-on avancer dans la paix mondiale.

La polémique entre « liberté » et « justice », ou entre « pays pauvres » et « pays riches », ne peut pas être réglée par des positions idéologiques ni des discours. D'après notre hypothèse de travail, n’importe quel essai de créer des structures sociales pour accroître la solidarité en liberté, qui ne considère pas l’importance décisive de la monnaie comme instrument informateur et responsabilisateur, dégénère rapidement en pouvoirs occultes que la population ne peut pas contrôler, et en mauvais tours spéculatifs antipolitiques du marché international présent, qui empêchent tout projet de changement.

Cette hypothèse est documentée par un fait curieux : les dernières recherches semblent prouver que la guerre n'est pas un fait connaturel à l'espèce humaine, mais seulement une invention tardive qui, probablement, ne peut pas être datée au-delà de 13.000 ans. Les « cités-empires » de l’Asie Sud-Occidentale devinrent à peu près inexpugnables grâce à leurs grosses murailles, qui leur garantirent un certain degré de paix au long de presque 6.000 ans. C’est justement dans cette période quand apparait la monnaie de compte abstraite, informatrice et responsabilisante.

Le fait curieux réside donc dans la coïncidence de dates entre, d’une part, l'apparition de la première monnaie concrète d'or, d'argent et de cuivre, par définition multicirculante et anonyme et, d’autre part, l’apparition du premier Impérialisme : c’était l’Impérialisme akkadien-babylonien qui, sans avoir des armes offensives appropriées pour abattre leurs murailles, vainquit très rapidement par traîtrise payée avec monnaie anonyme, et occupa une à une, toutes les libres « cités-empires » de Sumer. Akkad-Babylone devint ainsi le symbole de la traîtrise, de la corruption et de la prostitution anonyme, payée avec de la monnaie occulte anonyme, et du pouvoir illégitime et antisocial sur et contre les personnes, fondé sur la même monnaie occulte et anonyme : ceux-ci sont les traits historiques de tous les impérialismes postérieurs jusqu’à la date présente.

Cette connexion entre monnaie anonyme et impérialisme belliciste est une hypothèse historique que nous pouvons soumettre à l'épreuve des faits seulement si on revient à la primitive, mais télématiquement actualisée, « facture-chèque » : les résultats sociaux que l'on pourra en obtenir à court, moyen et long terme, permettront la confirmation ou non-confirmation de cette hypothèse : disparition ou non des impérialismes; progressive pacification ou non des peuples; disparition ou non des vols, de la corruption, de la misère, de la guerre...

En ce moment où la gravité des dangers qui nous menacent nous amène souvent à l’activisme, savoir où centrer nos efforts dépend d'une compréhension plus réaliste des phénomènes sociaux et d’une stratégie impériale et interimpériale adéquate : « La meilleure pratique, c'est encore une bonne théorie ».

Nos propositions ne sont pas une utopie en fonction des potentialités technologiques actuelles. Elles le sont, pour l’instant, en tant que possibilité politique. Chaque société, chaque communauté, se doit de l'étudier sérieusement, d'en faire une critique et d'en préparer l'application concrète à sa réalité culturelle, technique, économique et politique. C'est l'énergie intime des peuples qui peut produire les changements nécessaires, mais il faut savoir avec quels instruments l'énergie populaire peut incarner ses idéaux et ses désirs.

Telle es notre humble collaboration à la recherche de nouvelles structures et d'instruments qui nous permettent, en ce moment historique, avancer un peu plus vers la paix, en liberté et justice.



Notes :

1, 4, 5. Note de la traductrice : Quand l’Auteur indique « bureaucratie » il écrit en catalan : « burrocracia », au lieu de « burocracia », faisant en jeu de mots intraduisible et jouant avec la parole « burro » qui signifie « âne », c'est-à-dire « le pouvoir des « ânes ».

2. L’expression habituelle « mercantile » revient à « marchand-monétaire ».

L’expression « marchand » revient à « échange utilitaire ».

3. La société se compose de « marché » et « libéré ».

Le « libéré » comprend « l’ensemble de personnes libérables » et « l’ensemble des vocationnels libéraux, professionnels et associatifs, au service altruiste et désintéressée inconditionnel de n’importe quel membre de la communauté en question, qui ait besoin d’un secours social ».

6. Empire naissant : par exemple l’Europe 1997—...




1ère édition : Barcelone, 1 juillet 1984. Centre d'Estudis Joan Bardina

2ème édition : Barcelone, 6 décembre 1996. Escola Finaly

3ème édition : Barcelone, 24 avril 1997. Escola Finaly

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