Un outil pour construire la paix

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Un outil pour construire la paix

Agustí Chalaux i de Subirà

Collection: Bullae 1 - 3e édition: Barcelone, 24 avril 1997

Licence: Creative Commons Paternité-Partage des Conditions Initiales à l'Identique 3.0

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1. Introduction
2. La monnaie et la télématique, deux instruments qui peuvent être mis au service phénoménologique des peuples
3. La monnaie primitive: simple unité de mesure et compte radicalment abstraits
4. L'invention de la monnaie métallique concrète, forcément anonyme
5. Rationnalisation monétaire actuelment possible par la facture-chèque
6. Enchainement entre monnaie anonyme et impérialisme belliciste


1. Introduction

Les nobles idéaux de paix, liberté et justice, pour s'incarner dans le monde contemporain, doivent créer des structures culturelles, économiques, sociales et politiques appropriées.

La lutte pour se rapprocher de ces nobles idéaux doit être, à notre point de vue, non-violente, mais aussi et surtout intelligente et active.

Elle ne peut consister uniquement dans la dénonciation des injustices actuelles, de l'oppression qui s'abat sur les peuples, de la guerre qui menace. La non-cooperation et la desobéissance civile doivent nous inciter à un programme constructif, à une alternative concrète.

Une lutte exclusivement «anti-» quelque chose, sans un cadre global alternatif de référence, devient trop souvent stérile. Il n'est pas évident que la seule confluence de plusieurs groupes menant des luttes ponctuelles (pacifistes, écologistes, féministes, anti-militaristes, naturistes,...) apporte la configuration concrète d'un mouvement alternatif d'ensemble, capable de créer un nouveau modèle de societé plus proche à tous ces idéaux.

L'annonce de nouveaux types de valeurs, de pensées, de rapports humains,... ne semble pas non plus suffisant pour construire une nouvelle civilisation. Le changement culturel des societés et des mentalités individuelles est certes fort important, mais si ne sont pas créées des structures anticipatrices qui les favorisent, tous les changements se font à l'aveuglette, sont l'apanage de minorités réduites, souvent sans aucun lien avec le peuple au niveau de la conscience collective.

La polémique entre idéaux et structures peut être clarifiée, par la comparaison chère à notre inspirateur, Joan Bardina: les idéaux sont l'énergie de la personne, les structures en sont le moteur. Il faut que les idéaux, énergie personelle, meuvent les structures, moteur social. Mais il est évident qu'il faut des structures qui, par elles mêmes, n'offensent point les idéaux les plus nobles, mais, bien au contraire, soient une aide précieuse pour les réaliser dans l'immédiat de chaque jour.

Dans la recherche de ces structures adéquates, il nous faut analyser les phénomènes qui les conforment. Nous pouvons nous lancer dans cette analyse selon la méthode des sciences expérimentales, qui consiste avant tout à documenter et mesurer avec précision les phénomènes élémentaires, objet de la discipline phénoménologique qu'il intéresse de dominer instrumentalement.

L'application de cette mèthode aux seuls phénomènes —que non pas aux idées— a donné de grands résultats en physique, chimie, biologie, électronique,... Ces résultats théoriques et pratiques sont employés idéologiquement, affectivologiquement en faveur de la paix ou contre la paix, en faveur de la justice ou pour continuer à perpétuer les innombrables et cruelles injustices habituelles, en faveur des libertés ou contre toute liberté. Tout cela selon les intérêts des groupes qui contrôlent les processus scientifiques et surtout les processus d'application technique. Ces processus sont à tel point manipulés par des groupes de pression et corruption que nous sommes tentés d'identifier «science et technique» avec pollution, armements, contrôle policier, oppression,...

Malgré ces aspects négatifs et menaçants, nous ne pouvons nier que l'application, aux seuls phénomènes, de la méthode des sciences expérimentales permet d'objectiver la réalité, de la soustraire aux idéologies et affectivologies, et d'en finir avec des polémiques pseudo-philosophiques qui déforment le réel et sont employées par des propagandes obsessives et d'habiles publicités comme instruments d'un pouvoir de plus en plus tyrannique.

Quand un phénomène peut être indéfiniment observé dans la réalité de tous les jours, analysé avec précision, mesuré par des instruments-documents exacts et soumis à la méthode statistique, — aucun scientifique, digne de ce nom, ne continuera à vouloir le conceptualiser selon des idées préconçues, à vouloir le traiter selon des points de vue exclusivement idéalistes, à vouloir dogmatiser à son sujet ou à en tenter l'approche disciplinaire dans l'à peu près.

Le comportement normal de la science et de la technique face aux réalités purement phénoménologiques est souvent abandonné par beaucoup d'experts, dès qu'il s'agit de faits sociaux qui seraient facilement observables, documentables, analysables et mesurables avec précision, si on le voulait.

Nous considérons encore toute l'organisation sociale de l'homme avec des a priori semblables à ceux qui prévalaient pour l'organisation théorique des astres avant Copernic: «La Terre est le centre de l'univers», par définition et sans discussion possible.

Ce n'est donc pas assez d'affirmer nos idéaux: nous devons, en plus, analyser dans le détail les causes phénoménologiques pour lesquelles ces idéaux non seulement ne se sont pas encore incarnés, mais continuent à être considerés comme des utopies irréalisables. Ce n'est pas assez d'affirmer la paix, la justice, la liberté, la société sans classes, l'anarchie, le communisme libertaire, la suppression de l'État, de la proprieté, de l'armée, de l'argent, des marchandises, du despotisme masculin contre les femmes, de la pollution,...

Il faut, à côté de ces idéaux, étudier comment s'est tissé phénoménologiquement l'embrouillamini actuel des sociétés tout au long de l'évolution humaine et rechercher les causes le plus évidentes et importantes de cet imbroglio, dès ses origines mêmes. Il nous faut trouver les moyens faciles et pratiques de défaire les noeuds, un à un, et ainsi arriver, peu à peu, à dérouler, normalement et dans toute sa longueur, la pelote du fil social qui nous relie à toutes les générations passées.

Il n'est donc pas suffisant de vouloir la révolution: encore faut il savoir avec précision comment entamer la connaissance des phénomènes sociaux élémentaires et avancer dès à present dans leur étude détaillée; comment inciser dans les structures sans provoquer des dégats irrémédiables, et ce, avec des instruments concrets, aptes pour la résolution pratique de chaque problème posé par la pratique normale et courante de tous les jours.

La «prise du pouvoir» dans un État contemporain quelconque —sans connaissance préalable et précise des mécanismes subtils sur les quels s'appuie phénoménologiquement le pouvoir dans les sociétés historiques,— perpétue et augmente indéfiniment ce pouvoir, qui, en définitive et finalement, n'est qu'en théorie abhorré.

Les révolutions violentes restent, tôt ou tard, attrapées dans leurs crimes et les fatales conséquences qui en derivent. Les positions passionnelles et simplistes, —de classe ou pour des motifs exclusivement idéologiques,— nous forcent à une vision manichéénne de la réalité. Un tel dualisme nous mène souvent à enterrer, vivants, de la façon la plus barbare et cruelle, beaucoup de richesses matérielles et spirituelles, beaucoup de savoirs coutumiers, beaucoup de cultures et libertés ethniques, acumulés par l'humanité au long des générations successives.

Une révolution dans la non-violence intelligente et active est aujourd'hui possible, mais elle doit être, par ses caractéristiques originales mêmes, ouverte à toutes les bonnes volontés; elle doit être une révolution non-sectaire; elle doit être une révolution apte à créer de nouvelles règles instrumentales de jeu; elle doit être une révolution capable de construire, —assez rapidement pour être crédible, mais sans forcer le naturel de tous les libres citoyens,— des structures sociales le plus justes en fonction des technologies actuelles.

Commencer à diminuer pacifiquement la misère des uns et le pouvoir des autres, —sans pour autant se lancer dans la persécution stupide des riches et le vol insensé de leurs richesses— exige d'offrir aux peuples des méthodes pratiques, capables de créer très rapidement une réelle prosperité de marché, une pleine solidarité sociale et une pacification spontanée et expansive des esprits. Sans de tels résultats, indiscutables à la vue de tous, il est très difficile de faire naitre chez nos contemporains —si blasés après tant d'événements stupides et cruels tout au long de ce terrible XXème siècle,— une éthique et une esthétique nouvelles.

C'est dans cette intention que, très brièvement, nous exposerons quelques-unes des solutions pratiques, à notre point de vue fondamentales, pour avancer, dans le concret des phénomènes quotidiens de marché et société, vers un peu plus de paix, libertés et justice.


2. La monnaie et la télématique, deux instruments qui peuvent être mis au service phénoménologique des peuples

De tous les phénomènes humains, ceux qui, à chaque stade évolutif de l'histoire, sont en rapport direct avec la production optimale et la distribution équitative des biens matériels utiles à la vie instinctive et culturelle des peuples, déterminent, en grande partie, le tissu des relations sociales.

La recherche d'un maximum de clarté phénoménologique et de responsabilité personnelle dans les faits élémentaires-monétaires de marché et société doit donc être l'objectif principal de n'importe quelle révolution qui se veuille efficace et pratique, en vue d'une saine économie et d'une politique honnête.

Dans nos sociétés historiques et actuelles, —où «les lois sont faites pour que la ruse des puissants puisse les tourner, une à une, et en toute impunité», et où «selon que vous serez puissant où misèrable, les jugements de cour vous feront noir ou blanc»,— «qui a l'information a le pouvoir».

Face à une réalité anti-sociale, si cyniquement et longuement volue par les bénéficiaires subtils d'un tel système, — le matérialisme historique nous permet, non seulement d'élucider l'origine précise et les instruments concrets de l'imbroglio anti-social créé par des pouvoirs occultes, mais encore d'entrevoir la possibilité pratique de détruire tous ces pouvoirs illégitimes et immoraux en projettant une pleine clarté phénoménologique sur les faits de marché et société monétaires.

Sans cette clarté préalable, tout changement révolutionnaire dans les États contemporains est irrémédiablement voué à l'échec le plus complet.

Dans le texte qui precède, nous avons presqu'explicitement cité les deux instruments objectifs-inertes le plus particulièrement efficaces pour n'importe quelle révolution contemporaine qui veuille réussir dans un climat de prosperité matérielle pour tous, omnisolidarité sociale et lente auto-pacification conséquente des esprits: ce sont la monnaie et la télématique.

La monnaie est un instrument purement conventionnel, «logistique avant la lettre», omnicomptable dès son origine en Asie Sud-Occidentale il y a un peu plus de 10.000 ans. Ce n'est que depuis quelques 4.500 ans qu'elle a reçu une forme métallique-concrète, forcément anonyme, uniforme et permanente, qui permet une totale obscurité desinformative sur le marché et la société monétaires.

Ce n'est que tout dernièrement que l'on a commencé à soupçonner qu'il est possible de «pratiquer» une monnaie complètement abstraite, auto-documentaire et auto-personnalisatrice, comme l'instrument décisif pour la clarification du marché et de la société monétaires.

La télématique est en train de se constituer comme un instrument prestigieux de savoir, de pouvoir, donc de contrôle et d'oppression de tous les peuples de la terre, par le plus simple moyen qui soit: de multiples monopoles privés sur les banques de données. Mais, —si nous savons reconnaître ses énormes potentialités technologiques, complètement inertes, donc au service inconditionnel de qui soit capable de les utiliser pour le bien de tous,— la télématique peut grandement nous aider à créer un monde nouveau de toujours plus grandes libertés personnelles concrètes en fonction des progrés dans la production de biens utilitaires. Une simple opposition «anti-télématique» n'arrêtera pas le progrès scientifique et technologique dans le domaine de l'information; encore moins pourra-t-elle empêcher, dans les faits, le monopole de l'information aux mains des pouvoirs occultes, contre tous les peuples de la terre.

En tant qu'instruments inertes au service de qui aura la plus forte volonté politique de s'en servir, monnaie et télématique peuvent être radicalement détournés de leurs fonctions actuelles et devenir des auxiliaires très efficients de la révolution globale que nous proposons:


1. Substitution de l'actuelle monnaie anonyme par la «facture-chèque télématique».

C'est primordialement la monnaie anonyme la responsable du «sale jeu», du jeu malhonnête et déloyal, que pratiquent les persistants groupes de pression, corruption, pouvoir occulte,... Marché et société sont complètement desinformatisés avec tous les aléas anti-mercantiles et anti-sociaux que cela comporte.
La «facture-chèque» est un «graphe» qui reste dans les archives tout le temps que fixe la loi, soit comme document scriptural, soit comme document électronique: ce document élémentaire informe exhaustivement sur chaque acte marchand-monétaire ou social-monétaire, personnalisant et responsabilisant les agents de chaque achat-vente.
La «facture-cheque télématique», en tant que facture, enregistre les précises marchandises concrètes échangées, ainsi que leur valeur monétaire. En tant que chèque, elle donne l'ordre de paiement automatique au profit du vendeur.


2. Socialisation de toute la télématique monétaire de marché et société, à tous les niveaux.

La «facture-chèque télématique» permetra une intra-comptabilité totale; la circulation monétaire se reduira à une simple addition de toutes les sommes consignées dans toutes les factures-chèques émises par les libres contractants de chaque échange monétaire élémentaire.
La socialisation de toutes les analyses et statistiques ainsi possibles imposera à tous une discipline endogène et intra-comptable; donnera à tous pleine cognition sur marché et société monétaires; et permettra aux responsables économiques et politiques une stratégie lucide, ainsi qu'un débat démocratique continuel sur tous les phénomènes mercantiles et sociaux monétaires documentés selon loi.
Toute stratégie pratique dans une quelconque communauté géopolitique pourra être classée expérimentalement, scientifiquement, comme auto-économique ou anti-économique, par le simple moyen de formules comparatives de nombres comptables exacts.


3. Protection du caractère privé (individuel, familial, d'entreprise, institutionnel, etc.) de certaines informations personnelles obligatoirement inscrites, selon loi, sur chaque facture-chèque.

Actuellement les bureaucraties étatistes et les systèmes policiers sont les seuls à utiliser avec efficacité toute l'information télématique-personnalisée. Et ceci à des fins exclusivement représsives, dont les particuliers visés ne peuvent se protéger ni en théorie legale ni de fait quotidien.
Par contre, une Justice réellement et économiquement indépendante de l'État, selon termes très concis et précis d'une Constitution franchement libertaire, ne pourra être corrompue ni par l'argent anonyme (qui n'existera plus), ni par des menaces, avancements et carrières saugrenus, au hasard des influences politiciennes.
Cette Justice sera chargée de toutes les archives monétaires-personnalisées. L'omnidocumentation personnalisée, existante dans les seules archives de la Justice, permettra des sentences extrêmement motivées: c'est ainsi que, non seulement elle protégera le peuple en toutes les personnes individuelles, familiales et collectives honnêtes, mais encore elle sera un lent facteur de confiance pour tous et de pacification des conflits mercantiles et sociaux, en dehors de toute intromission de l'État et des groupes de pression et corruption1.


3. La monnaie primitive: simple unité de mesure et compte radicalment abstraits

Dans les sociétés primitives le plus progressives et complexes quant aux rapports et moyens de production, les biens utilitaires sont de plus en plus aux mains de propriétaires privés et de plus en plus échangés entre ces derniers. C'est ainsi qu'apparait le marché, comme système d'échanges concrets de marchandises concrètes en une société.

Peu à peu, à mesure que le marché croît, s'incruste dans les esprits la nécessité d'utiliser l'arithmétique naissante pour rendre possibles des équivalences entre les marchandises concrètes échangées. Ce fut entre les peuples de l'Asie Sud-Occidentale que l'on inventa, vers les 8.500 avant notre ère, la première unité monétaire d'inter-mesure abstraite de toutes les marchandises concrètes échangeables. (Consultez Denise Schmandt-Besserat «Les plus anciens précurseurs de l'écriture», «Pour la Science» nº 10, 1978, et J.Friberg «Números y medidas en los primeros documentos escritos», «Investigación y Ciencia». nº 91, avril 1984)2.

La première unité monétaire fut donc un concept signalétique purement abstrait qui permettait tous les trocs possibles et imaginables par simple règle de trois.

Bulla

Les bullae étaient dans les millénaires Ve-IVe av. J.-C, ce que l'on appelle aujourd'hui des « facture-chèque » (bulletin de livraison conforme, facture acceptée et chèque envoyé par le client) ; il s'agissait de sacs d'argile, plus ou moins sphériques, pleines de différentes figures de terre glaise comme monnaie représentative, et scellées à l'extérieur comme symbole des transactions commerciales, dans un contexte de système de comptabilité complexe, et que nous pouvons considérer comme l'ancètre des fameuses tablettes cunéiformes, et par conséquent, de l'écriture. Selon toutes les encyclopédies, le Temple rouge d'Uruk, le banc sumérien (archéologique) le plus ancien que nous connaissons jusqu'à présent, contient des archives bancaires complets sur plus de 200 ans (3.400 à 3.200 av. J.-C.).


4. L'invention de la monnaie métallique concrète, forcément anonyme

Le passage de la primitive monnaie abstraite à la nouvelle monnaie métallique concrète se produisit lorsque les subtils marchands-banquiers d'Akkad inventèrent, vers le 2.600 avant notre ère, le premier système pondéral des métaux précieux, depuis lors utilisés comme monnaie concrète.

La monnaie est ainsi devenue une tierce marchandise concrète, en tout semblable à n'importe quelle autre. Dès le début, cette conventionnelle monnaie métallique concrète s'est montrée insuffisante, trop rare pour pouvoir faire front, avec efficacité pratique, à un marché très prospère qui tendait spontanément à une expansion indéfinie. De plus, toute monnaie métallique concrète est forcément anonyme, uniforme et de circulation sociale permanente, donc inconnaissable. En régime monétaire concret, les signes monétaires perdent totalement le caractère d'unités de mesure abstraite documentairement intracomptables et omni-personnalisatrices du système anterieur; ils permettent maintenant le «sale jeu», terriblement déloyal et malhonnête, de la corruption généralisée, du pouvoir occulte, des propagandes obsessives,... documenté tout au long de ce qu'a été la réalité historique quotidienne des 4.500 dernières anées.

Les besoins de financement de la guerre de 1914 ont séparé définitivement notre régime monétaire actuel de toute référence concrète à l'or et à l'argent. Les billets de banque furent declarés de «cours forcé» et devinrent inconvertibles. L'actuel «papier-monnaie scriptural», officiel et principal, émis par chaque Banque Centrale, s'est progressivement dématérialisé depuis 1914. Une énorme crise de confiance prit corps, peu à peu, après la guerre de 1914, qui, avec l'absence totale de discipline monétaire, créa une énorme inflation. La crise de 1929 en fut la conséquence anti-économique non prévue par les experts, mais inéluctable. Pour s'en sortir la majorité des grandes puissances se lancèrent dans une militarisation et un armément forcenés. Le pétard final en fut la guerre 1936-1945, qui signa pratiquement, dans tous les États du monde, la disparition définitive de l'or et de l'argent comme «monnaie métallique concrète».

Richard M. Nixon

En août 1971, Nixon annonça l'abandon unilatéral du «gold exchange standard», imposé par les U.S.A. à Bretton Woods, en 1945, pour régler les relations monétaires internationales. Toutes les monnaies devinrent flottantes, et une terrible crise anti-économique recommence: une énorme inflation-deflation continue à produire les mêmes effets.

Depuis lors la monnaie est devenue dans la réalité et très palpablement «du papier bancaire scriptural, bientôt simplement informatisé-télématisé»: de simples passations d'écritures entre comptes courants, à travers d'instruments monétaires qui ont perdu toute valeur concrète, mais auxquels l'on refuse encore la nécessaire caractéristique rationnelle de documents strictement personnalisés et portant sur des marchandises concrètes exactement spécifiées.

L'irrationnalité des actuels systèmes monétaires ne rend pas possible la captation de tous les paramètres qui définissent chaque échange élémentaire de marchandises concrètes, et ne permet pas de connaître exactement ce qui se passe en macro-économie. Cette irrationnalité empêche la plus simple expérimentation de n'importe quelle théorie et hypothèse économique, avec une suffisante rigueur phénoménologique et scientifique. Les statistiques approximatives basées sur des données partielles deviennent des sommes d'erreurs accumulées. Ces méthodes ne sont admises dans aucune discipline phénoménologique quand la captation exacte, exhaustive et automatique de chaque fait réel et concret est possible.


5. Rationnalisation monétaire actuelment possible par la facture-chèque

La substitution de tous les nombreux et très compliqués instruments monétaires actuels par la facture-chèque, exclusive monnaie légale, exige la disparition complète de tous les actuels «billets de banque», «pièces de monnaie», traites et autres documents bancaires auxiliaires de n'importe quel type.

La facture-chèque permet une facile législation qui garantisse le paiement dans tous les cas d'insolvabilité ou d'inconformité, ainsi que le recouvrement automatique d'un unique impôt de solidarité sociale, beaucoup plus rentable que les actuels très couteux et compliqués systèmes de déclaration et inspection fiscale.

L'omni-personnalisation que comporte la «facture-chèque» comme unique monnaie légale rend conséquente une responsabilisation documentée des actes libres de marché et société: on peut donc établir les mécanismes légaux nécessaires pour que l'argent mercantile ne puisse se transformer en pouvoir anti-politique; pour que le savoir afférent aux professions et institutions libérales ne puisse se transformer en pouvoir anti-social; pour que les structures de légitime commandement social des peuples ne puissent se transformer en «illégitime et immoral pouvoir sur les personnes (individuelles, collectives, ethniques)».

L'information complète de marchè et de société monétaires, ainsi que la simplification fiscale, permettent de suprimer rapidement, par un «sursalaire de solidarité sociale», la misère et la margination anti-sociales provoquées par la manque d'argent: ceci comme premier pas pour l'éradication des classes sociales pour cause d'argent et les grandes différences culturelles qui en dérivent.

La facture-chèque permet une «intra-comptabilité globale exacte», puisque l'information exhaustive sur chaque échange élémentaire est introduite automatiquement dans un réseau télématique d'une envergure aussi grande qu'on le voudra. On peut éviter ainsi, à la fois «le chaos capitaliste» et «la planification centralisée». Il suffit de socialiser toute l'information obtenue sur marché et société monétaires, pour la mettre à la portée gratuite de chaque citoyen, comprehensible à chaque niveau de culture. La socialisation que nous proposons est donc le contraire de l'étatisme actuel, à savoir, le monopole de l'information par l'État au profit des groupes de pression et corruption qui le dominent.

Karl Marx

Il semble évident qu'avec l'information exhaustive que permet «la facture-chèque télématique» on pourra remplir automatiquement avec des données exactes les «tables de Leontiev», l'instrument théorique le plus précis pour une pratique et efficace stratégie économique du marché et de la société monétaires. De même, toutes les autres hypothèses de l'économie politique sur le marché pourront être confrontées expérimentalement avec les chiffres exacts de l'omni-comptabilité centralisée. Entre autres, il sera possible d'énoncer avec précision les hypothèses de travail dites «du bien commun mercantile», de Platon; «de la plus-value de marché», de Marx; «du facteur residuel», des économistes contemporains. Soumises à prudente expérimentation, leur eventuelle confirmation permettra la loi statistique d'un continuel et dynamique «bien commun», automatiquement surgi de la liberté même du marché d'ensemble: ainsi deviendra possible sa distribution équitative au service du peuple tout entier sous forme de sur-salaires de solidarité sociale et de crédit communautaire.

Ce changement instrumental de la monnaie est aujourd'hui techniquement possible. Son implantation n'est pas plus difficile que celle du «système métrique décimal». Le fait que cette réforme n'ait pas été réalisée jusqu'à ici ne dépend pas seulement de ce qu'elle soit techniquement possible, mais sourtout de ce que son refus systèmatique génère d'énormes bénéfices à tous ceux qui, depuis 4.500 ans, se réservent le monopole de l'information sur le marché et «l'invention d'argent».

Le dynamisme technologique est, avec la télématique, en train de convertir la monnaie bancaire en un document de compte à 100 % abstrait. La personnalisation de ce document n'offre aucune difficulté du point de vue légal et pratique. Mais, tant qu'on ne supprime pas completement l'argent anonyme, le sale jeu continue à être un danger mortel pour tous les peuples. De plus, tant que l'information que permet la télématique ne sera pas entièrement socialisée, elle ne sera employée que pour le contrôle fiscal et policier contre les citoyens; elle restera l'exclusif apanage des centres bureaucratiques du pouvoir étatiste, paravents des centres ploutarchiques de «pouvoir occulte par l'argent anonyme».

Qui, de nos jours, détient l'information, détient le pouvoir. Il faut donc établir de nouvelles «règles de jeu», pour que le peuple tout entier puisse avoir accès gratuit à toute l'exacte information macro-économique. Il faut transformer radicalement l'utilisation de la télématique pour éviter la pire tyrannie de l'histoire: «l'étatisme télématique».

Arrêter l'actuelle révolution cybernètique est aussi impossible que ne le fut l'arrêt, au XIXème siècle, de la révolution industrielle. Il nous est, par contre, bien facile de créer un modèle alternatif: l'information analytique-statistique sur tous les phénomènes monétaires élémentaires, au service de tous. Pour cela, il suffit que tout le réseau télématique et toute l'information personnalisée qu'il permettra ne dépendent pas de l'État. Celui-ci ne pourra connaître, —comme n'importe quel autre citoyen, entreprise ou institution,— que l'information purement analytique-statistique; il n'aura donc aucun contrôle sur l'information personnalisée de marché et société monétaires, laquelle sera «secret constitutionnel» aux mains d'une Justice réellement et radicalement indépendante de l'État.


6. Enchainement entre monnaie anonyme et impérialisme belliciste

Libérer la société de toute «corruption traditionnelle par l'argent anonyme» permettra une étude sereine et une solution pratique, un par un, de tous les déficits évidents dans les États contemporains: chômage, inflation, contamination, desinformation, inculture, centralisme bureaucratique, insecurité sociale, non-services au public,...

Seule la libre conféderation des ethnies peut y générer une progressive auto-pacification des esprits. Seul le respect des libertés concrètes de tous les citoyens, de toutes les entreprises, de toutes les institutions et associations peut nous permettre une suppression radicale de la misère par l'établissement de «sur-salaires de solidarité sociale» en dehors de tout travail et métier utilitaire, en dehors de toute profession libérale: l'on ne peut pacifier qu'à ce prix ce que l'on appelle «conflits sociaux». Seulement à partir d'un constant équilibre économique du commerce exterieur entre États, sans neo-imperialismes et neo-dependances, — l'on peut avancer vers la paix mondiale.

La polémique entre «pays pauvres» et «pays riches», —tout autant que celle entre «libertés concrètes» et «justice positive»,— ne peut pas être reglée par des préalables idéologiques ni d'interminables discours. D'après notre hypothèse de travail, n'importe quel essai de créer de nouvelles structures sociales créatrices de libertés concrètes pour tous et d'une plus grande solidarité libertaire entre tous, est voué à un irrémediable échec si l'on ne tient pas compte, en premier lieu, de l'importance pratique décisive de l'instrument monétaire. Seule une monnaie pleinement informatrice et responsabilisatrice peut empêcher que toute évolution ou révolution de bonne foi ne dégénère rapidement en un désordre où de nouveaux pouvoirs ploutarchiques oeuvrent, contre le peuple, le plus sale jeu speculatif-antipolitique.

Cette hypothèse est documentée par un fait curieux: les dernières investigations historiques semblent prouver que la guerre n'est pas un fait connaturel à l'espèce humaine, mais seulement une invention très tardive qui, probablement, ne peut pas être datée au delà de 13.000 ans. En plein climat de guerre, les petites «cités-empires» qui se multiplièrent dans l'Asie Sud-Occidentale au long de 6.000 ans devinrent à peu près inexpugnables grâce à leurs grosses murailles: une évolutive auto-pacification interne et externe s'en suivit, que tout nous incite à imputer au long règne de la monnaie de mesure et compte abstraits.

Le fait curieux réside donc dans la coincidence de dates entre l'apparition de la première monnaie concrète-anonyme d'or et d'argent, et du premier impérialisme babylonien qui s'empara rapidement de toutes les libres cités-empires de Sumer sans avoir les moyens de détruire leurs murailles. Babylone devint le prototype de la déloyauté et traîtrise anonymement payée, de la corruption comme première arme de guerre, de la prostitution et du pouvoir contre toutes les personnes, de l'impérialisme mondialiste,...

Cette connexion entre «monnaie anonyme» et «impérialisme belliciste» est une hypothèse historique que nous pouvons soumettre à l'épreuve des faits: il nous suffit de revenir à la primitive, mais télématiquement actualisée, «facture-chèque». Les résultats sociaux que l'on pourra en obtenir à court, moyen et long terme, permettront la confirmation ou non-confirmation expérimentale de cette hypothèse: disparition ou non des impérialismes; progressive pacification ou non des peuples; disparition ou non des vols et crimes pour de l'argent;...

En ce moment où la gravité des dangers qui nous menacent nous amène tous à de multiples activismes sociaux, savoir comment centrer et diriger vers un seul but premier tous nos efforts dépend d'une compréhension plus réaliste des phénomènes réels. Le réalisme historique nous permet la stratégie adéquate: «la meilleure pratique, c'est encore une bonne théorie».

Nos propositions ne sont pas une utopie en fonction des potentialités technologiques actuelles. C'est simplement une question de politique prioritaire, de stratégie préalable à tous les efforts ulterieurs de pacification, économie, écologie,...

Chaque société, chaque communauté, chaque groupe organisé en vue d'une amélioration quelconque de notre vie quotidienne se doit de l'étudier sérieusement, d'en faire une critique sévère et d'en préparer l'application à sa réalité culturelle et technologique actuelle. C'est l'énergie intime des peuples qui peut produire les changements nécessaires de nos structures anti-sociales et sclerosées, mais il faut savoir avec quels instruments phénoménologiques, l'énergie populaire peut incarner ses idéaux et ses désirs d'une vie meilleure pour tous.

Telle es notre humble collaboration à la recherche de nouvelles structures et d'instruments efficaces que vous avez entreprise en ce moment historique pour avancer un peu plus vers la paix, la liberté, la justice.



Notes:

1. A manière d'information succinte, nous ajoutons ci-après quelques éléments de reflexion sur certaines caractéristiques mises en relief par n'importe quelle étude omni-historique sérieuse et sur les solutions pratiques que nous avons proposées aux problèmes concrets de notre temps.

2. Edition en Espagne de «Scientific American».




1ue édition: Barcelone, 1 juillet 1984. Centre d'Estudis Joan Bardina

2a édition: Barcelone, 6 novembre 1996. Escola Finaly

3e édition: Barcelone, 24 avril 1997. Escola Finaly